La tornade heavy mental venue du BLAAK HEAT SHUJAA…

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Le stoner français a vibré en 2010 en découvrant le premier album de Blaak Heat Shujaa. Venu de nulle part, sans teasing, sans plan com, juste une indication « produced by Scott Reeder ». Un label du même acabit que « recorded by Steve Albini » pour l’indie. Dès la première écoute, ce fût l’explosion western spaghetti dans un mur du son dopé aux expéditions en territoire psychédélique. Fin 2012, le groupe annonce son futur album avec la sortie d’un EP ambitieux « The Storm Generation ». Rencontre par mail avec Thomas « Asmoth » Bellier pour en savoir plus sur cette mise en bouche.

Vous avez changé de batteur. Est-ce pour vous relocaliser sur la côte ouest des States ?

Notre nouveau batteur, Mike Amster, vient du coin de L.A mais habitait à Denver lorsque nous nous sommes rencontrés. Il a accepté de déménager à L.A en même temps que moi (je quittais New York) pour relocaliser le groupe en Californie. Notre ancien batteur avait d’autres priorités, et l’évolution sonique de Blaak Heat nous a conduit à faire appel à quelqu’un d’autre.

Blaak Heat Shujaa a signé chez Tee Pee Records. Comment en êtes vous venus à intégrer leur roster ?

Habitant à New York, j’ai rapidement rencontré les gens de Tee Pee Records à force de traîner dans les bars crades jusqu’à pas d’heure. Je suis devenu assez proche de toute la « famille » Tee Pee (entre alcooliques, la vibe est bien passée) et lorsque Blaak Heat a commencé à penser au deuxième album, il a semblé naturel de le leur proposer. Au-delà de notre style, qui rentre complètement dans la ligne du label, Tee Pee a apprécié le côté bosseur et DIY de Blaak Heat. Les affinités personnelles ont fait le reste. Je suis d’ailleurs maintenant assez impliqué dans les activités du label – j’organise par exemple à partir de février des soirées Tee Pee mensuelles au Satellite, un club de L.A.

L’EP a été à nouveau enregistré au Sanctuary. Le travail de Scott Reeder est-il celui qui correspond à votre musique?

Il nous fallait quelqu’un qui puisse capturer à la fois le côté heavy et le côté psychédélique. Scott a enregistré des mecs comme Goatsnake, mais son groupe préféré reste Pink Floyd. Il sait faire sonner des guitares et des basses « huge » tout en envoyant les reverbs et les delays à gogo, ce qui est assez rare. Et surtout, il fallait quelqu’un qui sache faire que des parties plus posées, puissent elle aussi sonner « big » et épaisses.

Son boulot sur le premier album nous avait absolument plu, donc il était normal de retourner chez lui. D’autant plus qu’on commence à bien se connaître et qu’il est quand même plus agréable de pouvoir bosser avec un ami sur un gros projet comme le nôtre (l’enregistrement d’un album et d’un EP au cours des mêmes sessions) plutôt qu’avec un mec inconnu. Scott n’hésite pas à nous dire si une ligne de chant est mauvaise ou s’il n’est pas fan d’un passage, ou d’un ton. Et la relation va dans les deux sens : nous avons coproduit l’album et l’EP avec lui et il s’est toujours montré super ouvert à nos idées, mêmes si elles pouvaient paraître parfois assez ouf…

On peut entendre sur l’EP des incantations et déclamations de vers de Ron Whitehead, poète gonzo. C’est un type, lui ! Dans quel coin l’avez-vous rencontré?

Ron nous a découverts au travers d’Internet il y a environ un an et a partagé certains de nos titres sur sa page Facebook. Étant assez fan du mec, je suis immédiatement entré en contact avec lui. On a ensuite échangé des albums et des bouquins et sommes devenus assez potes. Voyant que Ron était un fan absolu de Blaak Heat, je lui ai rapidement proposé de poser du spoken word dans un studio à Louisville pour ensuite le caler sur notre album. De fil en aiguille, on s’est retrouvés avec Ron en studio chez Scott, puis à faire une tournée californienne avec lui ! On a tout de suite accroché, ce qui était assez inattendu pour un poète beat légendaire de 60 ans et des jeunes cons de 25 ans. Pour reprendre l’expression de Ron, c’est comme si nous avions retrouvé « a lost member of our family ». Cette collaboration nous a permis d’atteindre de nouveaux publics. Ron est pote avec le monde entier, du Dalai Lama à Johnny Depp en passant par feu Hunter S. Thompson et Sigur Ros.

J’ai entendu que Mario « Boomer » Lalli avait enregistré une partie de voix assez épique au Sanctuary. Ça fait quoi d’être adoubé par le père du stoner rock ?

Mario figure sur Pelham Blue, un titre de notre album « The Edge Of An Era », qui sort le 26 mars 2013. C’est assez bizarre d’entendre parler de Mario comme d’une « légende » qui nous « adoube ». Pour nous, Mario est plus un ami, ou une sorte de figure paternelle, un oncle éloigné qui nous veut du bien. En tournée avec Yawning Man en 2011, nous l’avions surnommé « Papa Mario ». Mario et moi nous sommes pas mal rapprochés depuis que je suis retourné à L.A. Nous avons joué avec Fatso Jetson en août et jouerons avec Yawning Man en mars. Fatso seront d’ailleurs à la soirée Tee Pee de février que j’organise.

Allez-vous tourner pour soutenir la sortie du disque ? Avez-vous des projets pour l’Europe ?

Nous travaillons en ce moment même sur une tournée européenne qui devrait avoir lieu entre le printemps et l’été. Nous sommes également en train de prévoir un paquet de dates sur la côte ouest, pour le printemps. Désolé de ne pouvoir annoncer quoi que ce soit, mais rien n’est confirmé pour le moment !

On entend plus d’accents surf rock et de jams psyché que sur le premier album. C’est la direction que prendra Blaak Heat Shujaa sur l’album, ce heavy spaghedelia annoncé par l’EP ?

De manière générale, les titres enregistrés ces derniers mois sont plus « dans ta face » que le premier album, tout en conservant l’esprit répétitif, drogué et hypnotisant du premier album. The Storm Generation a clairement un accent surf rock. On avait envie d’un EP qui claque et qui surprenne, qui soit heavy tout en utilisant des sons cleans. « Heavy mental » plus que heavy metal. On avait également envie de faire honneur au fait que nos influences partent dans tous les sens, de Dick Dale à Ravi Shankar, de Camel à Calexico, en posant nos riffs les plus barrés. En un sens, on peut considérer que The Storm Generation est l’EP surf de Blaak Heat.

L’album, The Edge Of An Era, revient plus à notre côté heavy psyché, sous forme d’odyssées de cinq à dix-neuf minutes, de tons de guitare aux accents de Moyen-Orient volants dans tous les sens, de basses épaisses et chaudes… Tout en gardant le côté un peu fou de l’EP. Le boss de Tee Pee nous qualifie de « réincarnation californienne des années 2010 d’Eloy », un groupe de heavy krautrock allemand des années 1970.

RETOUR SUR L’EP SORTI LE 11 DÉCEMBRE…

The Storm Generation est un EP qui conforte. On reconnaît les sonorités chaudes et lourdes, très lourdes, gavées de colossales fréquences graves sur lesquelles la guitare s’envole en tourments wha-wha fuzz ou d’incisions surf claquantes version dark spaghetti. D’un autre côté, c’est un EP qui surprend, avec des titres comme « the manifesto » qui propose un enregistrement de mecs autour de bières et d’un feu de bois, dans le high desert californien. Le genre de grands discours tenus à 2H du mat lorsque le feu crépite et que la conversation tourne autour du mystique. Ceux qui ont vu Easy Rider feront directement le lien avec la scène ou Fonda, Hopper et Nicholson font tourner une super cigarette et digressent sur l’interaction entre condition humaine et liberté. L’EP se clôt sur « fusil contra fusil », une reprise de Silvio Rodriguez, un musicien cubain chantant une oraison funèbre au Che Guevara. Encore une belle surprise assaisonnée et relevée sauce BHS.

Tu en veux plus? Retrouve le groupe sur le web et sur Facebook !