TUPERHERO FILMS « Je ferais un film juste pour pouvoir bosser avec Bloc Party »

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Ado, Fred adorait monter de petits scénarios avec la caméra de son père. Aujourd’hui, il s’amuse toujours autant, mais remporte des concours de vidéo internationaux et monte des pubs pour Burn Japan. TUPERHERO FILMS, c’est l’histoire d’une passion dévorante pour le court-métrage, mais aussi d’une affaire de famille. À fond DIY, la team Tuperhero privilégie le système D et la mise à contribution des proches lors des tournages. Fred Cavender est un scénariste et réalisateur touche-à-tout et talentueux, un passionné de SF, et ses films transpirent le second degré. Rien de tel par les temps qui courent. Oh et puis, pourquoi ne pas parler musique avec lui, tant qu’à faire ! Entretien mené dans le salon de Mr Cavender, entre deux boîtes Domino’s Pizza, quelques Leffe et un chat plutôt bavard. Action.

Que signifie « Tuperhero » ?

Fred Cavender : Alors que je montais le site web pour mes films, il fallait que je trouve un nom. D’abord, je suis passionné de super-héros. Et puis lors du tournage de notre premier film, il y avait eu cette blague sur le nom de mon personnage qui s’appelait « Tuper Fred ». Voilà.

À l’heure actuelle tu es réalisateur en amateur. Tu aimerais en faire un métier ? 

C’est une drôle de question, et on me la pose de plus en plus. Je ne sais pas. C’est une passion qui occupe tout mon temps libre, mais je crois que j’ai un peu peur de passer à quelque chose de pro. J’ai peur que ça devienne une corvée, avec les commandes, le fait d’avoir quelqu’un au dessus de soi… Idéalement, j’aimerais que ce soit mon métier, tout en pouvant faire tous les choix moi-même. Rien qu’en gagnant des concours, je suis déjà confronté à ce genre de choses. Dès qu’il y a de l’argent en jeu, tu as beau être passionné, ça devient tout de suite un peu plus compliqué. Pour l’instant je vis ma passion, et on verra bien où le vent nous mène.

Tu penses que ce n’est pas possible de rentrer dans une optique professionnelle, tout en gardant son éthique intacte ? 

J’aime écrire ce que je fais, ou participer à l’écriture de ce que je fais, ça ne m’intéresse pas de juste réaliser des scripts.

Si ! C’est pas une question d’éthique, mais de financements. À part un fou blindé de thunes qui me dirait « j’adore ce que tu fais, tiens je te file du fric », la personne qui finance aura toujours son mot à dire. Et puis ce n’est pas parce que je décide de faire les choses sérieusement que ça va forcément se vendre. Quand on fait ça « pour de vrai », on ne le fait plus pour le temps libre et le kif, mais parce qu’on a une commande et une deadline à respecter. On peut garder son éthique, ses principes, ses idées, mais l’argent peut un peu venir gâcher la passion. J’aime écrire ce que je fais, ou participer à l’écriture de ce que je fais, ça ne m’intéresse pas de juste réaliser des scripts. À l’heure actuelle, il y a très peu de personnes qui écrivent et réalisent, à part pour les films d’auteurs.

Quels est ton genre de film préféré ? 

À fond science-fiction ! J’ai été élevé avec Star Wars, Superman, mais je suis aussi passionné de Marvels, même si je reconnais qu’il y en a beaucoup de très mauvais ! Et puis je suis fan de tous les films de Christopher Nolan, c’est mon gourou.

Parmi tous les navets de SF que tu connais, donne m’en un que tu aurais aimé réaliser ?

C’est chaud comme question ! Le navet qui m’a le plus fait rire est Le Gardien du Manuscrit Sacré, avec Stiffler d’American Pie et un Chinois avec des super pouvoirs. Je suis pas très films d’auteur ou comédies romantiques, je peux regarder et apprécier un Almodovar, mais c’est pas le genre de film que j’irais chercher. Je vais chercher du Nolan, du Ryan Johnson, des films fantastiques qui ne versent pas forcément dans le stéréotype ou dans le film popcorn. Transformers, je trouve que c’est de la merde. Si c’est pour voir de jolies filles et des explosions, aucun intérêt.

Parlons de ton court-métrage qui a connu un petit succès : « Unique ».

En mai dernier, on a participé à un concours international qui s’appelle le « 48 Hour Guerilla Film Challenge » qui consistait à nous faire tourner et monter un film en 48 heures. C’était un super défi, le concept m’a vraiment plu, et puis je cherchais un moyen de gagner de l’argent pour financer mes projets. On a mobilisé tous nos effectifs, dormi à peu près trois heures sur les deux jours… Un mois plus tard, on a appris qu’on avait gagné le grand prix avec notre film Unique.

Tu as réalisé un clip pour le rappeur Black Kent. Par rapport à un court-métrage, qu’est ce que ça t’as apporté ? 

Quand je fais un court-métrage, il y a cette sensation de construire un projet, une histoire… Alors oui, on peut raconter une histoire avec un clip, mais la durée et le thème de la chanson sont imposés. Faire un film, c’est être tous ensemble, imaginer des choses avec de vrais personnages, des dialogues, des bruitages… C’est un boulot de A à Z, alors que le clip représente juste une succession d’images. Tu ne ressors pas avec les même souvenirs d’un film ou d’un clip, il manque vraiment quelque chose avec les clips.

Comment gères-tu la partie sonore de tes films ? 

Aujourd’hui, je fais beaucoup de sound design sur mes films. On fait la prise de son pour les dialogues, les bruitages, mes frères et ma copine m’aident beaucoup d’ailleurs. L’autre jour j’étais devant mon bureau avec une tapette à mouche pour reproduire des bruits de fouet ! Pour moi le sound design est assez compliqué, car je n’ai pas l’oreille pour, mais ça reste le plus passionnant. Dans l’idéal j’aimerais avoir un mec qui le fasse pour moi, mais je suis très control freak lorsqu’il s’agit de mes projets. On se fout parfois de ma gueule sur les tournages car je suis assez borné ! Je pense qu’il faut l’être un minimum pour réaliser, car tout le monde voudra te donner ses idées sur le tournage. Il faut savoir écouter les autres, mais aussi rester fidèle à sa propre vision.

Et quelle est la part de la musique là-dedans ?

Comme le sound design, ça fait 80% du film. Tu peux avoir un plan un peu foireux, ça passera toujours. Par contre, un passage de musique foireux, de suite ça le fait moins. Même si on fait le montage sans son au départ, la puissance que donne la musique aux images est incroyable. Les envies diffèrent en fonction du projet. Personnellement, je suis un grand fan de musiques orchestrales, Hans Zimmer, tout ça…

Tu as déjà pensé à sortir les bandes-sons de tes films ?

Tu peux écouter une musique, et ça te rappellera des bouts d’un film, sans avoir même besoin de le regarder. Partager la musique des films, c’est quelque chose qu’il faut faire.

J’ai déjà pensé à les mettre en ligne gratuitement, parce que mine de rien les musiques sont des oeuvres d’art. Certaines ne sont écoutables qu’avec le film car elles sont trop courtes pour avoir un intérêt, mais la musique d’Unique par exemple (composée par Tony Rainy), elle dure 8 minutes et je l’écoute parfois dans mon iPod. J’ai pensé à la mettre en téléchargement gratuit, comme la B.O de Bagass qui est hyper variée, avec de l’orchestral, des chansons à la con, certaines qu’on a enregistrées nous-même… Je l’ai jamais fait mais c’est une bonne idée, tiens ! Le but du jeu n’est pas de les vendre, car si les gens téléchargent la musique et que ça les fait kiffer, alors tant mieux ! La musique donne une autre dimension. Tu peux écouter une musique, et ça te rappellera des bouts d’un film, sans avoir même besoin de le regarder. Partager la musique des films, c’est quelque chose qu’il faut faire.

Tuperhero Films - Fred Cavender

Si jamais tu devais bosser avec un artiste pour tes B.O., ce serait…

Queen. Et dans le genre plus récent, M-83 seraient vraiment pas mal pour une B.O de film. Après, le groupe que je kiffe depuis toujours c’est Bloc Party, donc je ferai un film juste pour pouvoir collaborer avec eux !

Quel genre de film ? 

Un truc jeune, énergique, plus terre-à-terre et coloré. Mais tu peux aussi découvrir des trucs en faisant un film fantastique avec un groupe qui n’a pas vocation à faire ça, comme Daft Punk pour la B.O de Tron par exemple.

Allez, question con. David Guetta vient te voir et te propose de faire un clip à partir d’un morceau de 12 minutes.

Je passerais pour un con si je disais que ça ne m’intéresse pas, mais je suis pas fan de l’artiste. Et puis je ne saute pas sur les occasions pour faire des clips de musique. Cependant, pour la visibilité, si j’ai carte blanche pour le clip, bien sûr je saute dessus. Tu peux faire ce que tu veux sur une musique un peu électro de 12 minutes. Mais je ne ferai certainement pas un truc coloré avec des bimbos ou en studio à Miami ! En 12 minutes, tu peux vraiment raconter une histoire, faire des trucs de fou ! Ça représenterait des millions de vues potentielles en se faisant plaisir.

Est-ce que tu as déjà réalisé des publicités ? 

Le meilleur moyen que j’ai trouvé ce loisir coûteux, c’est de faire des concours en ligne qui permettent de gagner 2000 ou 3000 euros. Dernièrement, on a gagné un concours organisé par la boisson Burn Japon. 4000 japonais ont voté pour notre vidéo, alors qu’en France je n’en aurais probablement eu que 100. On a gagné 5000€, du coup on a pu acheter les éclairages dont on avait besoin, mettre de côté pour une plus grosse caméra et investir dans le prochain film. En l’espace de 3 ans, on a gagné ce concours et un autre pour Reporters Sans Frontières. J’ai donc fait entre sept et huit pubs pour des concours, mais ce n’est pas un truc qui me plaît. Parce que j’aime bien faire des trucs un peu marrants, et qu’à chaque fois que je vois le packshot final avec le logo de la marque, ça me fait chier. Le clip musical est au court-métrage ce que le graphiste est au peintre. Tu feras de la belle image, mais ce ne sera pas la même satisfaction que celle de finir un tableau. Avec les clips ou les pubs, tu ne satisfais pas ce besoin de raconter une histoire.

Pour finir, parle-moi un peu de tes projets en cours ou à venir ? 

Après le succès d’Unique, j’ai souhaité me réinvestir dans un film de science-fiction, un truc un peu plus sérieux. On est donc sur un court-métrage de super-héros, mais très sérieux. Un truc plus à la Batman de Nolan qu’à la Marvel. Le film s’appelle Cole, il est assez inspiré du jeu vidéo InFamous, on a prévu de bosser dessus pendant un an. Entre temps, on va quand même caler d’autres petits projets par ci par là.

Toute la filmographie de TUPERHERO FILMS est visionnable en ligne sur www.tuperhero.com.
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