SOLILLAQUISTS OF SOUND « La musique doit aller directement de l’artiste au peuple »

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D’abord interpellée par leur nom à rallonge, j’ai très vite été enthousiasmée à la découverte des SOLILLAQUISTS OF SOUND. Ce quintet hip-hop d’Orlando (Florida, baby !) a développé un style à part, proche des préceptes du hip hop conscient, sans le côté chiant. Si vous écoutez leur dernier LP « The Fourth Wall », vous serez surpris par le côté festif de leurs morceaux, et entraînés par les touches de gros rock ou même d’électro de leurs beats. Ces quatre là n’ont pas leur langue dans leur poche, et voguent à contre-courant du hip-hop mainstream et des produits sponsorisés par les majors. Rencontre avec un champion de la MPC, un rappeur versatile, une soulwoman rayonnante et une poétesse mystérieuse : bref, rencontre avec les SOLILLAQUISTS.

Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, est-ce que pourriez vous présentez individuellement ?

Alexandrah (chanteuse) : En dehors du groupe, nous sommes tous artistes. Moi, je dirige une chorale à Orlando.

DiVinCi (producteur / MPC) : Je suis le producteur du groupe, je joue la musique du groupe sur scène. J’aime les arts martiaux (rires), et je fais aussi partie d’autres groupes à côté.

Swamburger (MC) : Je seconde DiVinCi dans la production musicale, mais je produis aussi pour d’autres artistes d’Orlando. Je dirige également le label Second Subject Recordings.

Tonya Combs (poétesse) : Je peins et je fais aussi partie de plusieurs groupes de poésie.

Qu’en est-il du nom Solillaquists Of Sound ? Ça vient d’où et qu’est-ce que ça signifie exactement ? 

DiVinCi : Un solillaquist est quelqu’un qui fait du soliloquy (NDLR : soliloque ou monologue en français). C’est quelqu’un qui monte sur scène et déclame ses pensées, pour que tout le monde sache ce que la personne ressent.

Un genre de spoken word ? 

D : En quelque sorte, oui.

A : C’est une reflexion personnelle emmenée devant un public.

D : Penser à voix haute dans un théâtre, c’est un peu ça. Solillaquists Of Sound c’est nous, nos visions de la vie, emmenées par notre musique et nos actions. Le but final, c’est le partage.

C’est un joli nom, même si pour quelqu’un qui ne parle pas anglais, ça reste assez difficile à retenir ! (rires)

S : Il y a une différence entre le fait d’être artiste et le fait de juste vivre sa vie. L’artiste ressent souvent le besoin de s’accrocher à des choses plus grandes que lui. Donc plutôt que de nous appeller « Fat Car » (rires), on a préféré quelque chose qui avait du sens pour nous. Quelque chose qui respirait l’art.

D : Même si c’était sûrement pas le choix le plus judicieux en terme de marketing… (rires)

Vous pourriez me parler un peu plus de votre dernier album The 4th Wall ? J’ai cru comprendre que c’était un projet collaboratif…

Tout ce qu’on voudrait, c’est n’être soutenus que par les gens. C’est pour ça qu’on a créé notre propre industrie, parce que la musique doit aller directement de l’artiste au peuple.

S : « The 4th Wall » est notre troisième album en deux parties, The 4th Wall Part One et The 4th Wall Part Two. Il marche comme une pièce de théâtre en trois actes, que l’on a décidé d’appelée la Listener’s Trilogy. Le premier acte nous présente nous et nos objectifs, le deuxième acte c’est l’intrigue, l’action, on donne tout. Le troisième est tout simplement la conclusion. Donc tout ce que tu entends, notre façon de fonctionner est représentative de ce qu’on vit en tant qu’artistes dans cette industrie. Tout ce qu’on voudrait, c’est n’être soutenus que par les gens. C’est pour ça qu’on a créé notre propre industrie, parce que la musique doit aller directement de l’artiste au peuple. Nous n’avons pas besoin d’intermédiaire, vraiment.

C’est une belle idée.

S : Tu vois, il y a la vie en tant qu’artiste, et la vie « normale ». Je pense pas qu’on sera artistes si on ne sortait pas des sentiers battus.

A : C’est le rôle d’un artiste dans la société. Aller toujours plus loin pour les autres.

Votre music comprend beaucoup plus d’instruments live que de sonorités numériques, est-ce que ça a été facile de mettre en oeuvre ce parti pris ? 

D : Tout nos albums contiennent à peu près le même « quota » de vrais instruments. Quand je compose quelque chose en numérique, j’essaie toujours de le faire sonner le plus authentique possible, donc pas mal de ce que tu entends est en fait digital. Je transforme tout ça, dans le but d’avoir le son qui nous plaît vraiment. Ce n’était pas vraiment un parti pris de dire « on veut des instruments sur ces morceaux », car dans mon évolution en tant que producteur, je deviens de plus en plus musical. On a toujours eu beaucoup d’amis musiciens, lesquels viennent jouer sur nos morceaux…

S : Tout ça résulte aussi de nos expériences, comme par exemple lorsque Michael Jackson est mort. Je crois que quand tu as des icônes comme ça qui partent, tu commences à réaliser à quel point ce que tu donnes au public est important. Je rêve de faire de grandes choses, j’ai envie que mes rêves se réalisent. Quand j’écoute les beats de DiVinCi, souvent j’ai l’impression de plonger dans son univers. Donc ce que j’essaie d’accomplir sur ses beats en tant qu’artiste, c’est de rendre ces rêves réels. De prolonger ces rêves auprès du public, pour que ça devienne une réalité pour eux aussi. Notre univers n’est pas fermé, il appartient à tous. Ce que je voulais dire en définitive, c’est que ce sont les expériences de la vie qui définissent ce que tu fais, ce que tu mets ou qui tu mets dans ta musique.

Quels sont les artistes desquels vous vous sentez le plus proche dans la musique actuelle ? 

S : Je me sens proche d’Aceyalone de Freestyle Fellowship, Brother J de X Clan, Glue quand ils étaient un groupe, Sly & The Family Stone… Il y en a tellement ! Tu sais, quand tu grandis dans ce milieu, tu écoutes et rencontres tellement de gens… C’est le musée du monde, tu ne sais jamais sur quoi tu vas tomber.

D : Pour ce qui est des producteurs, j’aime Timbaland, J Dilla, Thundercat… Je suis aussi un grand fan d’Erykah Badu.

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Vous venez tous de Floride, qui d’un point de vue international, est surtout connue pour être le berceau de la bass music et du dirty south. D’un point de vue plus underground, qu’en est-il ? Quelles sont les scènes qui vibrent là-bas ? 

Et même à New-York, qui est pourtant la Mecque des plus grands artistes hip-hop ayant jamais existé, les médias passent de la merde.

S : Eh oui, la Floride est le berceau de la bass music, de Magic Mike… Mais c’est aussi là qu’est né grindtimenow.net, qui est le gros réseau de battles hip hop sur la Toile. Le site est géré par Mads Illz, qui est en fait notre coloc ! Il vient juste d’atteindre 95 millions de vues sur Youtube. Tous plein de mecs émergent de mouvements underground comme celui là. Ce sont des trucs qui ne passent pas à la télé ou à la radio, parce que les gros médias ne sont pas intéressés. Et même quand tu vas à New-York, qui est pourtant la Mecque des plus grands artistes hip-hop ayant jamais existé… Eh bien, même à New-York, ils passent de la merde (rires). Beaucoup de gens se détournent du côté artistique de la musique pour pouvoir se faire de l’argent, même si le Sud avait été préservé pendant un moment de ces choses-là, parce qu’il s’inspirait plus de la West Coast… Quand il y a eu tout ce truc autour du « chopped & screwed » (NDLR : une technique qui vise à ralentir au maximum un beat ou une voix, pour rappeler l’effet des calmants comme l’hydrocone ou la codéïne, très prisés dans le milieu hip-hop sudiste), c’était bad.

D : Quand on jouait à l’époque, certains personnes parmi le public hip-hop nous disaient « vous n’êtes pas vraiment hip-hop, vous êtes plus électro ». Mais à présent, si tu écoutes du hip hop, c’est juste…

…Que de l’électronique ! 

D : Ouais exactement ! On essaie juste d’ajouter notre touche, créer notre propre genre. C’est la combinaison naturelle de nos différentes  personnalités, notre musique représente ce qu’on aime. Le lieu d’où nous venons n’a pas d’influence sur ce qu’on fait, on aurait pu naître ailleurs, ça aurait sonné pareil. Avant, on était des parias avec notre électronique, mais depuis de l’eau a coulé sous les ponts, et maintenant le Dirty South contribue même à la Trap Music et toutes ces musiques de clubs…

C’est pourquoi je trouve cool  que des groupes comme vous puissent traverser l’Atlantique et nous faire découvrir votre musique. Dernière question, quels sont les disques que vous appréciez tout particulièrement en ce moment ? 

S : Aesop Rock, Yella Don, Qwel & Maker, Dark Time Sunshine… Oh et surtout E-Turn & SPS d’Orlando, leur album Dark Trust est vraiment super bon.

A : Beautiful Chorus… (rires – NDLR : c’est son groupe)

D : … J’aime beaucoup notre dernier album ! (rires) The Fourth Wall Part Two, aaah il est tellement bon ! Quand je l’écoute, je ne trouve rien à rajouter. Sinon, Thundercat Golden Age of Apocalypse, le dernier Justin Timberlake…

TC : Rage Against The Machine, Al Green…

Quelque chose d’autre à ajouter ? 

A : Merci pour ton intérêt !

Mais merci à vous d’exister !

A : (éclate de rire) Wow, c’est le plus beau compliment qu’on nous ait jamais fait !

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