MORCHEEBA + JOY WELLBOY (08.11.13 @ Krakatoa, Bordeaux)

In LIVE REPORTS
Scroll this

Lorsqu’on arrive (un peu en retard, il faut bien l’avouer) au Krakatoa ce vendredi soir, la salle est plongée dans le noir : le groupe de la première partie est déjà en train de dérouler son mini set. Il s’agit du duo bruxellois JOY WELLBOY armé d’une guitare, d’une pédale loop et d’un sampler…u

On pourrait peut-être se risquer, sur certains aspects, à les comparer aux Kills (nourris aux antidépresseurs), à cela près qu’eux ont une approche plus « artisanale » du boulot puisqu’ils se collent eux-mêmes au rangement de leur matos. On aura seulement le temps d’assister à trois morceaux dont « Lay Down Your Blade », single très sympa de leur album encore plus sympa Yorokobi’s Mantra (qui méritera une chronique). Durant le morceau, la voix éraillée de la chanteuse vient se frotter en beauté à celle, gravissime, de son partenaire… Suffisant pour être embarqués dans leur univers et nous donner envie d’aller les revoir en concert en début d’année prochaine (février ou mars, à confirmer). Il nous tarde déjà de retrouver cette ambiance dans laquelle le guitariste tient le public en haleine et impose le silence jusqu’au terme de ses notes tenues à l’infini. Sans oublier la jolie chanteuse et son personnage un peu déjanté.

Quand les lumières se rallument à 21h pour la mise en place du matériel, on découvre le public et on prend la mesure de la diversité caractéristique des fans de Morcheeba. On est entourés aussi bien de kids, de teenagers penauds, que de sexagénaires, de trentenaires déjantées, de quadras en costume cravate, de quinquas (dont mon banquier!) qui semblent pour certains être venus directement après avoir quitté le bureau. Du coup, on se dit que le concert devrait être moins agité que celui de Foals la semaine passée (et ça tombe plutôt bien parce qu’on a un peu souffert pour porter Yanis tout au long de son méga slam dans la fosse) !

Peu après 21h30, les musiciens masculins de la formation trip hop font leur entrée sur scène dans une ambiance bleutée, déversant des sons aux colorations reggae dub qui annoncent l’atmosphère du concert à venir. Puis c’est au tour de Skye de faire son apparition dans une robe digne du Lac des Cygnes, toute de blanc et de plumes vêtue. Radieuse comme à son habitude, elle entame le très calme « Make Believer », morceau assez représentatif du dernier album du groupe, Head Up High, qui se démarque quelque peu des productions précédentes. La douceur de ce début de concert se poursuit avec « Never An Easy Way et Part Of The Process », durant lequel sont particulièrement mis en valeur les sons de la pédale wahwah de Ross Godfrey, qui sonnent comme tout droit sortis d’un aquarium (on ne précisera pas à quel type d’aquarium on fait allusion quand le groupe se réclame du slogan « more cheeba ! », comprendre « plus d’herbe ! »)

Durant tout le concert, les jeux de lumière viennent appuyer l’atmosphère des titres : la scène est plongée dans le grand bleu lorsque Skye entame The Sea et le groupe joue sur un fond rose bonbon pendant « Gimme Your Love ». La mer = bleu, l’amour = rose : quoi de plus évident ? C’est ensuite au tour de « Otherwise » d’être interprété ; le morceau avait fait connaître le groupe au grand public en 2002 grâce à un clip un peu DIY fait de ces décors en carton troués au niveau de la tête des personnages pour qu’on puisse y glisser son visage (OK, la description est un peu foireuse mais bon, je suis sûre que vous voyez de quoi je veux parler).

« Is anybody wearing red shoes ? » lance soudain Skye à la fin du morceau. Une main timide se lève dans la fosse et voilà que l’heureuse élue se voit dédier un excellent cover de « Let’s Dance ! » de David Bowie, rien que ça ! Le morceau suivant, « Hey Now », donne lieu à des prolongations de plusieurs minutes ressemblant vaguement à un bœuf entre potes avec, à noter, un énormissime solo de guitare exécuté avec brio par Ross Godfrey. Après cet instant planant, Ross remercie le public et le gratifie d’un classique « Thank you! We’re so glad to be here, ’cause you know, Bordeaux is one of our favourite cities in the world ! ». Ça sonne un peu creux et classique, jusqu’à ce que le guitariste explique que son frère habite la capitale girondine et que ses neveux et nièces sont d’ailleurs dans la salle (la présence des kids derrière la barrière de sécurité s’explique mieux !). On a un peu l’impression d’être en famille, finalement.

Après « Trigger Hippie », Skye se souvient qu’elle « a promis de faire quelque chose » et offre un joyeux anniversaire à l’une des proches du groupe, présente dans le public. À voir la chanteuse dans sa robe fluide blanche, on croirait presque revivre le « Happy Birthday Mr President » adressé par Marilyn Monroe à JFK ! La proximité du groupe avec ses fans ne fait que confirmer la portée intimiste du show qui n’en est pas moins grandiose. Le set se termine avec des titres qui finiront d’enchanter le public. On retiendra le classique Blindfold et son refrain entraînant, repris en choeur par les fans : « I’m so glad to have you, and it’s getting worse. I’m so mad to love you, and your evil curse« …

Après quelques minutes de sortie de scène et de « suspense » convenu, le groupe revient pour le rappel avec le tout nouveau titre « I’ll Fall Apart » (écrit avec James Petralli, du groupe texan White Denim, que Ross nous conseille d’ailleurs d’aller voir en concert). Mais Skye met très vite fin à la tonalité mélancolique du titre en enchaînant sur le super classique et efficace « Rome Wasn’t Built In A Day » qui suffira a rabattre le caquet des fans de la première heure qui auraient eu envie de reprocher au groupe leur réel, certes, mais surtout très réussi changement de trajectoire musicale dans le dernier opus. Pour finir, Skye conclut le dernier titre, « Face Of Danger », ainsi que le set en saluant son public d’une révérence en parfaite adéquation avec sa tenue de ballerine.

À la sortie du concert, on a l’impression d’avoir assisté à une brillante démonstration de ce dont se réclame mais également de ce qu’est véritablement le trip-hop à savoir : un savant mélange d’inspirations et de styles. L’heure et demie qu’on vient de vivre aura en effet été un mix de moments très pop et d’instants clairement influencés par le hip-hop, mais aussi d’autres nettement plus jazzy, ou encore de morceaux tout droit débarqués de contrées mystiques, imprégnés de sonorités hindoues. En bref, le concert en plus de son côté interculturel, multi-inspirationnel et intergénérationnel, aura surtout été complètement intersidéral.